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Le monde réel de l'enseignement du jeune enfant.

Daphné Hugues


De défi merveilleux et enthousiasmant de travailler avec de très jeunes débutants peut donner également aux parents et aux professeurs des moments de doute personnel et d'anxiété.

Nous croyons certainement en la valeur d'un enseignement commencé jeune. Pourquoi alors, avons-nous des difficultés à l'encontre de certains problèmes?

Pourquoi Matthieu se met-il en colère quand sa mère maintient sa main pendant une séance de travail à la maison? Pourquoi Eloïse devient maussade et dit qu'elle ne veut plus aller aux cours quand elle a une difficulté avec la seconde variation de « Ah, vous dirai-je maman »?

Nous savons tous que nous devons planter la graine, l'arroser, la nourrir et ne pas être impatient qu'elle germe et savoir attendre le moment où elle deviendra une belle fleur. Mais quand un an de demi passe sans le moindre petit germe visible, le doute commence à s'installer. Bien sûr, nous nous disons que l'enfant apprend tout de même, que chaque chose est enregistrée par son cerveau même si cela n'est pas visible à nos yeux. Nous devons être patients.

Cependant il subsiste sûrement des moments où les parents revoient la vision dont ils pouvaient rêver les premières semaines de cours: vision de leur enfant jouant un concerto sur son tout petit instrument, devant un auditoire remué aux larmes par la beauté et la perfection de son jeu! Hélas, la réalité des débuts est souvent loin du rêve.

Q'est-ce qui distingue l'enfant de trois ou quatre ans faisant de bons progrès à travers le répertoire des dix livres, de l'enfant qui paraît avoir des difficultés à se tenir assis et calme?

Une part de la réponse vient du fait des degrés de maturité variés et de toutes les complexités qui font de chaque enfant (et chaque parent) un individu. Mais une autre part de la réponse peut également se trouver dans le très impopulaire mot « discipline ».

Par discipline, je m'empresse de dire que je n'entends pas un système d'exigences de règles dures, strictes et punitives; pas plus qu'un système répressif qui bloque la spontanéité, la créativité ou le rire; je veux plutôt dire une sorte de discipline coopérative partagée par l'enfant, les parents et le professeur, qui évolue naturellement et facilement dans leur expérience quotidienne ensemble. Cela permet à l'enfant d'accepter d'être aidé et d'essayer plus volontiers de surmonter une tâche difficile sans crainte d'échouer, avec la patience de le faire petit à petit par étapes conduisant à son accomplissement.

Discipline dans ce contexte veut dire discipline de soi. Reconnaître que certains moyens sont nécessaires pour réaliser certaines fins et avoir la volonté d'utiliser ces moyens patiemment et prudemment.

La discipline de soi empêche de brûler les étapes; ce qui ferait avancer plus vite, trop vite, avec un résultat moins satisfaisant. Le professeur qui fait avancer trop vite dans le répertoire, les parents qui persistent à « impressionner » le professeur en enseignant à l'enfant une nouvelle pièce sans l'accord du professeur, ou qui négligent la gamme ou les exercices préparatoires, redent un mauvais service à l'enfant. Évitons de le faire travailler d'une manière indisciplinée. Une discipline partagée et coopérative permettra à l'enfant de mieux s'approprier une autodiscipline.

Portons un moment nos regards vers nos jeunes élèves les plus « difficiles ».

Certains ne sont pas toujours « coopératifs », or nous savons que cela est nécessaire pour réaliser des progrès. Nous devons découvrir pourquoi l'enfant a cette attitude. Presque toujours, l'enfant agit ainsi car il ne peut pas réaliser comme il le veut ce qu'il souhaite. Ce n'est pas parce qu'il ne veut pas faire d'instrument, mais parce qu'il veut tellement bien jouer tout de suite qu'il n'accepte pas l'étape simple qu'on lui demande d'exécuter et de perfectionner peu à peu.

L'exercice, simple étape vers le progrès, doit être séduisant pour l'enfant, sinon il n'en comprendra pas le sens et, peut être, ne voudra même pas l'exécuter. Le parent qui, se heurtant à ce genre de difficulté, décide d'arrêter les cours, n'a pas compris les motivations de l'enfant, et passe à côté du problème.

Étonnamment, c'est l'enfant le plus sensible, le plus réceptif à la musique qui va établir des buts tellement élevés. Il n'aura pas la patience d'avancer lentement afin de parvenir à ces buts. Cet enfant est souvent un enfant très intelligent, qui apprend rapidement dans d'autres domaines. C'est peut-être la première fois qu'il est mis en face d'une difficulté et qu'il découvre la possibilité d'un échec.




Comment lutter contre cette situation?

* L'enfant peut simplement fuir en expliquant à ses parents qu'il ne veut plus faire de musique. Il peut lui arriver de se cacher derrière ses parents pendant la leçon de groupe ou derrière un table ou une chaise. Il s'éloigne ainsi physiquement du problème.

* L'enfant peut fuir en arrêtant de se concentrer, en échappant mentalement, en regardant en l'air etc. Un autre enfant vous parlera de sujets inopportuns et variés (son chat, son anniversaire etc.). D'autres feront diversion en se grattant, ou, moins inhibés, se mettrons à courir dans tous les sens et perturberont le cours de groupe.

* L'enfant peut montrer, de façon têtue ou agressive, une résistance délibérée particulièrement envers l'un des parents. Il repoussera tout aide: « Ne me montre pas » « Ne m'aide pas » « Je veux le faire comme je veux ». Il peut lui arriver de mal jouer délibérément un exercice pour prouver qu'il ne peut pas le faire et que par conséquent il faut arrêter de lui demander d'essayer.

* L'enfant peut se mettre en colère, éclater en sanglots quand il travaille avec ses parents. « Je ne veux pas le faire » veut parfois dire « Je veux le faire, je sais que vous voulez que je le fasse, mais je ne peux pas le faire bien, donc je ne le fais pas ».

Ce que nous devons comprendre à travers ces différentes sortes de comportements, c'est qu'elles viennent du même fait: d'une peur de l'échec due à un blocage devant les difficultés à surmonter.

Comment parents et professeurs peuvent-ils aider l'enfant à accepter le défi sans s'en détourner, à utiliser l'énergie créée par ce blocage pour faire l'effort qui lui permettra de surmonter la difficulté?

Tout d'abord, nous devons créer une atmosphère qui l'encouragera à essayer avec soin et patience. L'atmosphère dans le travail et dans les leçons doit être calme et ordonnée, libre de toute pression et de tout empressement. Il doit y avoir un sens de direction claire de manière à ce qu'un but puisse être perçu, approché et achevé avec succès. A la maison certains enfants travaillent mieux lorsqu'ils s'exercent à la même heure chaque jour. D'autres ont besoin d'un espace particulier, cependant les limites doivent être établies dès le début. Il peut y avoir un choix horaire mais jamais le choix de travailler ou de ne pas travailler.

Il est important d'accepter que les enfants aient une moins bonne forme certains jours. Chaque séance de travail doit commencer avec optimisme et confiance. S'abstenir de pratiquer après une leçon difficile, ne fait que renforcer le moment désagréable passé durant cette séance. Les limites doivent être gentiment mais fermement appliquées, certains comportements sont tout simplement inacceptables. Si un situation inhabituelle a affecté la relation parent enfant, en les rendant adversaires, le mieux est d'en discuter ouvertement, pour ensuite pouvoir recommencer dans de bonnes conditions.

En groupe la participation de l'enfant est nécessaire mais il ne faudrait pas avoir à le forcer pour y participer. Toutefois si son comportement est perturbateur, il devra quitter la leçon temporairement mais fermement et calmement.

Quand une atmosphère ordonnée et disciplinée a été établie, il y a plusieurs autres choses que les parents et les professeurs peuvent faire pour aider le très jeune enfant à progresser et à développer sa discipline personnelle.

1. L'aider à obtenir un réel plaisir et enthousiasme par les petits progrès qu'il réalise par un travail discipliné sans attendre de jouer en entier les variations pour cela. Il est très facile de se réjouir simplement d'une jolie main droite ou d'un beau son, et l'enfant s'en réjouira aussi. Cela ne semble pas exiger beaucoup de discipline de demander à l'enfant de maintenir son instrument correctement en comptant jusqu'à 10, mais les parents et les professeurs devront néanmoins montrer qu'ils apprécient cet effort.

2. Il est important d'expliquer à l'enfant dès le début pourquoi il faut faire attention aux petits détails, ou mieux le laisser le découvrir lui-même. Laissons lui entendre ce qui arrive quand l'instrument n'est pas à la bonne place ou quand la main droite est tournée vers le sol etc. Des directives qui peuvent nous apparaître tout à fait évidentes peuvent apparaître tout à fait sans rapport pour un enfant très jeune.

 

 

 

 




3. Insister sur la qualité des petites choses autant que possible, ainsi l'enfant verra qu'il peut réellement, même à son niveau, accomplir de belles choses. Un joli salut au début de la leçon peut être accompli même par un enfant de deux ans, et un hochement baclé de la tête ne devrait pas être considéré comme un salut acceptable par le professeur, le parent ou l'enfant. Si à la première leçon l'apprentissage est effectué avec soin et discipline, l'apprentissage à la deuxième leçon et les suivantes n'en sera que plus facile.

4. Occasionnellement faite des exceptions, simplement pour le plaisir. Une fois de temps en temps agissez de manière inattendue. Prenez par exemple un petit gâteau au beau milieu d'une séance de travail, même quand cet arrêt n'est pas nécessaire. L'élément de surprise est drôle , et de plus cela a pour bénéfice de rendre l'enfant plus conscient du cadre de travail et de discipline ce qui est normal dans la mesure ou vous l'avez interrompu temporairement.

L'affirmation de quelques parents « débutants » ou de professeurs que l'expérience de l'enseignement des très jeunes élèves dans son ensemble est et ne devrait être que jeux et rires entraînant des résultats extraordinaires, est des plus malheureuses.

Cet enseignement devra être enthousiasmant, agréable mais prétendre ne pas inclure le travail serait stupide. Quelques parents très enthousiasmes ont néanmoins peur de cette sorte d'atmosphère de discipline décrite précédemment car ils craignent de voir détruire la merveilleuse spontanéité et la créativité de leurs enfants. Ce sont en effet de précieuses qualités que nous devons toujours nourrir avec amour.

Mais ne confondons pas l'expression personnelle avec la créativité. Toucher les cordes de la guitare ou souffler dans la flûte avec une mauvaise tenue peut paraître drôle un court moment et une forme d'expression personnelle, mais demeure rarement créatif... Les possibilités de la flûte, de la guitare ou de tout autre instrument en tant qu'instrument d'expression personnelle sont rapidement épuisées si l'enfant n'acquiert pas les outils afin de bien maîtriser la technique propre à chaque instrument.

La créativité implique la production de quelque chose de valable intrinsèquement et qui peut être partagé avec d'autres. Quelques soient les raisons profondes, psychologiques ou philosophiques, créer de la belle musique restera toujours une chose agréable à réaliser.

Les enfants veulent créer, offrir et partager la musique très jeunes. Un enfant devrait être aidé à découvrir que la discipline de soi est nécessaire s'il veut créer. Alors seulement, il réalisera de réels progrès.

Un enfant qui, dans tous les domaines expressif de la vie, est laissé seul, sans guide ni limites, ne sera pas habitué à faire des efforts pour quelque chose de bien, de beau, de mieux. Un enfant loué, admiré mais qui n'est pas encouragé à se dépasser trouvera difficile l'acquisition de la discipline personnelle nécessaire pour être vraiment créatif.

Ayant dit cela, je n'ai sûrement pas besoin de rappeler que la discipline à l'intérieur de l'enseignement des très jeunes élèves ne prend toute sa signification que quand elle provient de l'amour et de la pleine joie du partage dans l'étude entre l'enfant, les parents et le professeurs.

Daphné Hugues New Denver
 


 

 

 

 

 

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